La guerre contre la drogue a échoué.

Traduction d'un article par Fernando Henrique Cardoso (président du Brésil de 1995 à 2002), César Gaviria (président de Colombie de 1990 à 1994), et Ernesto Zedillo (président du Mexique de 1994 à 2000.) Publié par le Wall Street Journal le 23 février 2009. Lien en bas de page.




La guerre contre la drogue a échoué. Et il est grand temps de remplacer une stratégie inefficace avec une politique des drogues plus humaine et plus efficace. Tel est le message central du rapport de la Commission latino-américaine sur les drogues et la démocratie, présenté au public récemment à Rio de Janeiro.

Les politiques prohibitionnistes fondées sur l'éradication, l'interdiction et la criminalisation de la consommation n'ont tout simplement pas fonctionné. La violence et la criminalité organisée liés au commerce de stupéfiants restent des problèmes critiques dans nos pays. L'Amérique latine reste le premier exportateur mondial de cocaïne et de cannabis, et est en passe de devenir un important fournisseur d'opium et d'héroïne. Aujourd'hui, nous sommes plus loin que jamais de l'objectif qu'est l'éradication de la drogue.

Au cours des 30 dernières années, la Colombie a mis en œuvre toutes les mesures envisageables pour lutter contre le trafic de drogue, dans un effort massif où les gains ne sont pas proportionnels aux ressources investies. Malgré les réalisations du pays, comme la diminution du niveau de la violence et de la criminalité, les domaines de la culture illégale de drogues sont de nouveau en expansion. Au Mexique - un autre épicentre du trafic de drogue - la violence liée aux stupéfiants a fait plus de 5000 victimes en 2008 (note: 7700 en 2009, et plus de 6700 à la mi 2010.)

Une révision des politiques de drogue d'inspiration américaine est urgente compte tenu de la montée de la violence et la corruption associée à la drogue. La puissance inquiétante des cartels de la drogue conduit à une criminalisation de la politique et la politisation du crime. Et la corruption du système judiciaire et politique sape les fondements de la démocratie dans plusieurs pays d'Amérique latine.

La première étape dans la recherche de solutions alternatives est de reconnaître les conséquences désastreuses des politiques actuelles. Ensuite, nous devons briser les tabous qui empêchent un débat public sur les drogues dans nos sociétés. les politiques anti-narcotiques sont fermement enracinées dans des préjugés et des craintes parfois disproportionnées par rapport à la réalité. L'association des drogues avec le crime pousse les usagers dans cercles ou ils sont d'autant plus exposés au crime organisé.

Afin de réduire considérablement les dommages causés par les stupéfiants, la solution à long terme est de réduire la demande de drogues dans les principaux pays consommateurs. Pour avancer dans cette direction, il est essentiel de différencier les substances illicites en fonction du préjudice qu'ils infligent à la santé des gens, et des dommages qu'elles causent au tissu social.

Dans cet esprit, nous proposons un changement de paradigme dans les politiques de drogues qui repose sur trois principes directeurs: Réduire les dommages causés par les drogues, diminution de la consommation de drogues par l'éducation, et lutte énergique contre la criminalité organisée. Pour traduire ce nouveau paradigme en actions nous devons commencer par changer le statut des toxicomanes, en faisant des acheteurs de drogue illégales des patients inclus dans le système de santé publique.

Nous proposons également l'évaluation minutieuse, d'un point de vue de santé publique, de la possibilité de décriminaliser la possession de cannabis pour usage personnel. Le cannabis est de loin la drogue la plus largement utilisée en Amérique latine, et nous reconnaissons que sa consommation a un impact négatif sur la santé. Mais les données empiriques disponibles montrent que les dangers causés par le cannabis sont semblables à des dommages causés par l'alcool ou le tabac.

Si nous voulons combattre efficacement la consommation de drogues, il faut regarder à la campagne contre la consommation de tabac. Le succès de cette campagne illustre l'efficacité des campagnes de prévention basées sur un langage clair et des arguments compatibles avec l'expérience individuelle. De même, les déclarations des anciens toxicomanes sur les dangers de la drogue sera bien plus convaincante auprès des utilisateurs actuels de menaces de répression ou d'exhortations vertueuses contre la drogue.

Ces campagnes de sensibilisation doivent être ciblées sur les jeunes, de loin le plus gros contingent des utilisateurs et des personnes tuées dans les guerres de la drogue. Les campagnes devraient aussi souligner la responsabilité de chacun dans la montée de la violence et de la corruption associée au commerce de stupéfiants. En traitant de la consommation comme une question de santé publique, nous allons permettre à la police de concentrer leurs efforts sur la question cruciale: la lutte contre la criminalité organisée.

Un nombre croissant de dirigeants politiques, civiques et culturels, constatant l'échec de notre politique actuelle envers les drogues, ont publiquement appelé à un changement politique majeur. La création d'une politiques alternative est la tâche de nombreux éducateurs, des professionnels de la santé, des chefs spirituels et des décideurs. La recherche dans chaque pays pour de nouvelles politiques doit être compatibles avec son histoire et sa culture. Mais pour être efficace, le nouveau paradigme doit se concentrer sur la santé et l'éducation - non à la répression.

La drogue est une menace qui transcende les frontières, c'est pourquoi l'Amérique latine doit établir un dialogue avec les États-Unis et l'Union européenne pour développer des alternatives viables à la guerre contre la drogue. Les États-Unis et l'Union européenne partagent la responsabilité des problèmes rencontrés par nos pays, car leurs marchés intérieurs sont les principaux consommateurs de la drogue produite en Amérique latine.

L'inauguration du président Barack Obama offre une occasion unique pour l'Amérique latine et les Etats-Unis de s'engager dans un dialogue de fond sur les questions d'intérêt commun, tels que la réduction de la consommation intérieure et le contrôle des ventes d'armes, notamment à travers la frontière américano-mexicaine. L'Amérique latine devraient également poursuivre le dialogue avec l'UE, demandant aux pays européens de renouveler leur engagement à la réduction de la consommation intérieure et l'apprentissage de leurs expériences à la réduction des risques pour la santé causés par les drogues.


Le temps est venu d'agir, et la solution réside dans le renforcement des partenariats pour faire face à un problème mondial qui nous affecte tous.


Article original: http://online.wsj.com/article/NA_WSJ_PUB:SB123535114271444981.html
Voir aussi:
http://librepardesign.blogspot.com/2010/08/penser-limpensable.html

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